Retour sur le discours de la Ministre de l’Education Nationale

Vous avez raté le discours de Najat Vallaud-Belkacem lors de la soirée de lancement de la Social Good Week ? Pas de panique, on renvient avec vous sur ce temps fort de la soirée où la Ministre de l’Education nous a parlé du besoin de former les élèves aux outils du numérique et des opportunités que nous offraient la conjugaison entre numérique et humanisme pour revivifier la citoyenneté. Voici donc quelques passages du discours, que vous pouvez bien sûr réécouter en intégralité en cliquant ici.

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Discours de Najat Vallaud-Belkacem lors de la soirée de lancement de la Social Good Week le 30 novembre 2016 en direct du Liberté Living Lab

« Qu’est-ce que le web, les réseaux sociaux peuvent nous offrir de meilleur ? Quand vous montrez que le troll n’est pas la seule espèce dominante dans le cyber-espace, et  que, oui, internet est un outil qui peut servir au pire mais aussi au meilleur, vous avez raison de le faire. Mais encore pour cela faut-il être éduqué, éclairé. D’où l’importance de donner une éducation aux médias et à l’information à nos élèves, et en particulier de prendre en compte internet et les usages que l’on en fait dans l’enseignement.

Certains vous dirons, « mais enfin, y-en-a-t-il vraiment besoin ? Nos enfants sont nés avec le numérique, ce sont des digital natives ! »

La réalité c’est qu’il y a une véritable urgence à considérer que nos élèves ont besoin d’être formés, accompagnés dans ce domaine. L’école a justement pour but de donner les connaissances nécessaires à ces élèves pour qu’ils acquièrent l’autonomie, pour qu’ils s’émancipent. L’école est justement là pour nourrir l’esprit critique, la raison, et elle forme ainsi le citoyen. La réalité aujourd’hui, pour la plupart des élèves mais aussi des adultes, c’est qu’internet fait partie de notre vie. Nous allons chercher énormément d’informations sur internet, sans savoir vraiment comment cela fonctionne. Certes, il y a d’excellentes sources d’informations, on y trouve des choses formidables, mais on y trouve aussi des choses dangereuses. Il y a donc « un bon » et « un mauvais internet ». Le bon internet, c’est quand on allume son ordinateur, que l’on se connecte à un moteur de recherche, et que l’on y tape un mot clé. Le mauvais internet, c’est quand on allume son ordinateur, que l’on se connecte à un moteur de recherche, et que l’on y tape un mot clé. Comme vous le voyez, la différence est flagrante… Le problème que l’on rencontre souvent, c’est la confusion entre l’usage et la connaissance. Oui nos enfants ont grandi avec le numérique, oui ils s’en servent beaucoup. Mais sur internet, on fait des choses qui ressemblent à ce qu’on a l’habitude de faire dans la « vraie vie », donc qui ont l’air totalement anodines, mais qui en réalité fonctionnent très différemment parce que c’est internet. Par exemple, beaucoup se servent d’internet comme un dictionnaire, d’une encyclopédie, d’un média, d’une bibliothèque, etc. Il faut en avoir conscience et l’expliquer à nos élèves : internet est un dictionnaire un peu particulier. C’est un dictionnaire qui ne donne pas la même définition selon la personne qui l’ouvre, c’est un livre où chaque page est écrite par un auteur différent, dont le propos n’a pas toujours été vérifié.

Ce que je décris ici, vous le connaissez parfaitement, c’est l’effet bulle d’internet, le fonctionnement même des algorithmes qui fait que dans votre recherche vous êtes sans cesse renvoyer à des articles, des vidéos, des contenus qui correspondent à vos idées. Loin d’ouvrir des perspectives, voilà que vous vous fermez des horizons, et que se forment ces fameuses confusions, ces brouillages qui sont la réalité de beaucoup de nos jeunes aujourd’hui.

C’est pour cela qu’il est essentiel d’expliquer à nos élèves comment tout cela fonctionne, de leur apprendre à distinguer une information et une opinion, un article universitaire et un forum… L’éducation aux médias et à l’information et la prise en compte du numérique dans ce que l’on apprend à l’école sont très liées à l’événement qui nous rassemble ce soir. Si le troll, qu’on le nourrisse ou pas, finit par triompher, si les informations fausses ont plus de succès et de re-tweet que les informations vraies, c’est que pour beaucoup internet est une sorte de lieu où la citoyenneté n’aurait pas de sens. Ma conviction, c’est que si nous voulons qu’internet évolue, l’impulsion doit venir de nous, de nous tous. Cela signifie ne plus tolérer l’intolérable. Nous devons cesser de tolérer internet comme une zone de non-droit, un peu comme un far west ultra violent et rétrograde, et montrer, au contraire, que l’on a là un outil formidable, un outil de progrès. Face au côté obscur de la force, il y a un « autre internet » qui gagne à être valorisé, mis en évidence, c’est ce que vous faites brillamment lors de la Social Good Week, et c’est précisément pour cela que je voulais être parmi vous ce soir. En apprenant à nous élèves à se servir d’internet, alors nous pourrons nourrir encore davantage cette utilisation intelligente, bénéfique que vous faites d’internet, qui ouvre des perspectives magnifiques et qui permet de réinventer la citoyenneté.

Vous l’avez rappelé dans votre beau manifeste, il y avait un hashtag #PortesOuvertes dans cette terrible nuit de novembre 2015. Face à la propagande de haine et à la désinformation, il y a aussi des hommes et des femmes qui défendent un engagement citoyen numérique et c’est pour cela que ce n’est pas seulement la semaine qui est good, c’est le fait d’être avec vous. Nous avons besoin de liens, nous avons besoin de nous rappeler que l’engagement, la citoyenneté, c’est au quotidien, dans les petits gestes et dans les grandes actions. Faire société, c’est justement ne plus séparer nos usages numériques et notre vie de tous les jours. Nous vivons des temps troublés, une période difficile où l’on voit en France, comme en Europe ou ailleurs dans le monde, des liens se défaire. On sent une défiance de plus en plus grande envers les institutions, envers les hommes et les femmes politiques. Mais à côté de ces liens qui se défont, il y en a d’autres qui se tissent, que nous pouvons renforcer et renouer les uns avec les autres, des liens forts qui se soutiennent et ne s’entravent pas. Comment y parvenir ? En développant des initiatives, en s’appuyant sur la créativité collective, en faisant confiance à l’innovation, en se souvenant que par le passé, nous avons toujours relevé les défis qui se présentaient à nous par l’innovation, par la capacité à réenchanter le monde. L’innovation ce n’est pas une mode passagère. L’innovation, c’est ce qui change les choses en profondeur, c’est ce qui est à la fois audacieux et évident.

Ce que je viens de voir et d’entendre ici, ce sont des innovations qui nous montrent que nous pouvons faire beaucoup du pouvoir extraordinaire que nous confère la technologie lorsque l’on l’allie à l’humanisme. C’est mettre, comme le fait Paul Duan, la technologie au service du bien commun et de l’intérêt public, c’est donner un nouvel essor à Emmaüs avec un boutique en ligne pour que la solidarité ait une place dans les achats en ligne. Et tant d’autres projets : Wikimédia, Le Collectif Ma Voix, …

L’école change, et pour ma part je crois profondément à la complémentarité entre la solidité des institutions et les innovations du terrain. C’est en faisant usage des infinies de possibilités positives du numérique, des algorithmes et de ces possibilités d’ouverture et d’innovations, qu’alors nous arriverons à revivifier notre citoyenneté et, en quelques sortes, à remettre à jour la République. » – Najat Vallaud-Belkacem, 30 novembre 2016, soirée de lancement de la Social Good Week.

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